SAINT JUST-LUZAC, Une richesse insoupçonnée!
Par Claudine Mémin
Superficie de la commune : 4779 ha.
Population : 1570 habitants.
Village et hameaux : saint Just, Luzac, Mauzac, Les Fontenelles, Artouan, Les Touches, La Puisade, Les Pibles.
Domaines et lieux-dits : La Chasse, Saint Fort, Le Bournet, Chez Soud, La grande Seigneurie, la Peitite Borderie, Les Auneaux, La Josephtrie, Feusse, Charles, La Touche, Pépiron, Treuil-Bois, Les Quatre Moulins, La Rigoletterie, la Garenne, Coût de Bon, La Petite Sablière, Rochebonne, Chanteloup.
Origine du Nom : Saint Just, originaire du Limousin, compagnon de Saint Hilaire. Luzac : vient de " Luciacum ", la villa (agricole) de Lucius
C'est la commune la plus vaste du canton. Elle présente aussi le territoire le plus complet du point de vue des activités et des paysages : les terres calcaires de l'ancienne " île " de Saint Just, des marais doux (dits " marais gâts ") dans les marais de Brouage au Nord, des marais salés au sud du côté de la Seudre.
LE PARADIS DES GRENOUILLES ET DES OISEAUX
Les deux tiers de la superficie de la commune sont constitués de marais, soit 3 100 hectares, tant doux que salés. Depuis toujours, ils constituent un lieu de vie et de nidification pour de très nombreuses espèces de canards, gallinacés, limicoles, rapaces, passereaux et autres oiseaux, et un très vaste territoire de chasse.
Ces vingt dernières années ont vu apparaître des espèces inconnues jusque là : hérons cendrés, garde-bœufs, aigrettes, cigognes, cygnes, échasses blanches sont visibles en grand nombre, mais on aperçoit aussi parfois des spatules ou des ibis. Cette vie sauvage du marais est un enchantement pour les amoureux de la nature et des oiseaux, mais a aussi bouleversé des habitudes de pêche (grenouilles et anguilles) et de chasse ancestrales : elle a entraîné des mesures de mise en réserve de près de 500 hectares de marais pour la protection de la faune sauvage.
Les marais ont ainsi acquis une grande attractivité touristique : les chemins et taillées empierrés ou goudronnés servent autant d'accès aux entreprises ostréicoles, qu'aux territoires de chasse et aux promeneurs à pied ou en vélo.
ET LE SEL CEDA SA PLACE AUX HUITRES
L'importance de l'activité saunière au Moyen Age est à l'origine de l'extrême dispersion des bourgs et hameaux qui constituent la commune de Saint Just-Luzac. Prise après prise de marais, les lieux de vie se sont multipliés le long de cette longue " île " de Saint Just, si bien que chaque village possèdait son port, son lieu d'accès et de chargement : port de Chiffeu à Mauzac, Port Marceau à Luzac, port Charretier à Saint Just…
L'abandon progressif des marais salants aux 18ème et 19ème siècles a profondément modifié la vie économique locale. Un seul marais salant est encore en exploitation à Luzac : c'est le seul du canton.
L'affinage en claires a remplacé la production de sel dans les marais salés de la Seudre. C'est sur le territoire de la commune de Saint Just Luzac, dans près de 300 hectares de claires, que sont affinées un tiers des huîtres produites dans le Bassin de Marennes, grâce aux profonds chenaux de Luzac et de Recoulaine. La commune elle-même compte 29 cabanes d'élevage, réparties le long du chenal de Luzac (site de La Pauline), à Artouan et sur le site pittoresque de la Fosse Bertine.
UN RICHE PATRIMOINE RURAL
Domaines agricoles
L'excellente qualité des sols a permis la naissance et le développement de riches activités agricoles, comme en témoigne l'existence de la villa agricole de Pépiron du 1er au 4ème siècle. Les nombreux noms de lieux-dits précités sont ceux d'anciens domaines agricoles et vinicoles, parfois isolés, mais qui ont aussi dans certains cas donné naissance à des hameaux. Il en reste quelques uns, datant des 17° au 19° siècle : Logis de Luzac, logis de Feusse, Treuil Bois (portail), Rochebonne…
Au XIX° siècle, l'assainissement des marais de Brouage a permis la conquête de nouvelles prairies d'élevage bovin, qui s'est alors beaucoup développé. Les domaines situés aux abords de ces prairies se sont dotés de bâtiments adaptés et cossus : Les Auneaux, La Grande Seigneurerie, La Josephtrie, ….
Moulins
Chaque ferme, chaque village, était entouré de vignes et de champs de céréales. En 1800, on dénombrait 13 moulins à vent : il en reste 6 encore debout, dont certains ont été restaurés.
Le Moulin des Loges, situé dans les marais de Mauzac, est le seul restant des moulins à marée de la Seudre. Il appartient au Conservatoire du Littoral depuis 1998, en raison de sa situation entre eaux douces et eaux salées, avec une flore et une faune particulièrement riches. Un projet de réhabilitation et de mise en valeur a été mené en partenariat avec les acteurs locaux. : ostréiculteurs, chasseurs, CREAA ( remise en état entretien des fossés à poissons), Communauté de Communes du Bassin de Marennes (gestion du bâtiment, promotion et animation). Le Moulin des Loges est en pleine renaissance : il est un espace muséographique moteur pour la préservation et la valorisation des marais de la Seudre. Son mécanisme a été rétabli, des visites guidées et des animations font de lui un pôle d'intérêt touristique majeur du canton.
Puits, timbres, cabanes de marais, barrières en bois.
Le soir, on faisait boire les bêtes dans les timbres (abreuvoirs taillés dans un grand bloc de pierre). Puits et timbres sont étroitement associés dans tous les villages, dans les cours de maisons ou aux carrefours (puits de quartier). Leur construction toujours soignée (puits de Luzac, du 18ème siècle, surmonté d'un dôme) témoigne de l'importance accordée à l'eau autrefois.
En raison des distances, des familles se sont installées avec leur bétail au coeur du marais, dans des cabanes construites à même l'argile, sur les " bosses ", avec des matériaux transportés à bras d'hommes. Ces cabanes ont été habitées jusque vers 1950.
Aujourd'hui, l'ensemble du cheptel bovin est de 1 200 animaux : c'est le plus important du canton. L'élevage est de type extensif puisque le nombre de bêtes adultes à l'hectare est inférieur à un (1 500 hectares de terres et de marais) et la production est de qualité.
L'EGLISE INACHEVEE
Le village de Saint Just a le même vocable que l'église, ce qui était une pratique courante au Moyen Age, car le village était assimilé à la paroisse.
Qui était Saint Just ? Une première version, admise depuis longtemps, fait référence à l'évêque de Lyon Saint Just (4° siècle), qui accueillait dans sa cathédrale tous ceux qui lui demandaient asile, et qui se serait retiré en Egypte.
Il existe un autre Saint Just, né près de Limoges au 4ème siècle également, et qui fut un compagnon de Saint Hilaire, évêque de Poitiers, contemporain et ami de Saint Martin. Just et Hilaire ont parcouru ensemble le Poitou, le Périgord et le Limousin, baptisant de nombreux païens.
Etant donnés les liens traditionnels entre Poitou et Saintonge, la seconde version semble plus logique. Il existe bon nombre d'églises Saint Martin et Saint Hilaire dans la région, car ces deux personnages ont eu un rôle très important dans l'expansion du christianisme et de l'église catholique, et l'on trouve un autre Saint Just en Haute Vienne.
Malgré l'ampleur du territoire de la paroisse, et le grand nombre de villages dispersés, l'église de Saint Just était le seul lieu de culte. Il est vite devenu trop petit. C'est pourquoi au 15ème siècle, la richissime abbesse de Saintes en fait le plus vaste chantier avec celui de Marennes : 41 m de long, 17 m de large et 12 m de hauteur. L'église s'ouvre alors de manière classique, sur 3 portails mais. n'a pas de clocher.
La construction de ce dernier commence au début du 16ème siècle, avec un porche triangulaire très original. La construction est raffinée, la décoration des montants du porche et de la porte renaissance, à l'intérieur, est élégante, de même que celle de la fenêtre du logis de l'abbesse, située en face de l'église : c'est une construction de prestige.
Mais au début des Guerres de Religion, en 1568, le clocher n'est pas encore construit. Saint Just est idéalement placé sur le chemin de Brouage, place stratégique de premier ordre, et l'église devient un lieu de défense. Des sauniers protestants se font soldats et montent la garde sur la terrasse du porche : pendant les longues heures de garde, ils gravent la pierre de leur nom ou d'un bateau. On dénombre plusieurs dizaines de graffitis.
Malgré de nombreuses marques de tirs, l'église survit à ces épreuves, mais le projet de clocher est définitivement abandonné. A la place, une cloche baptisée " Françoise ", du nom de l'abbesse, est placée en 1612 dans un petit massif de pierre bien modeste.
Une légende raconte que l'architecte de ce clocher resté inachevé fut assassiné par son frère, jaloux d'un plan plus ambitieux que celui qu'il projetait lui-même pour Marennes…De ce fait, le clocher ne fut jamais achevé.
SAINT JUST ET LUZAC : ENFIN APAISES…
Les deux villages sont désormais réunis sous un même vocable " Saint Just-Luzac " depuis les années 1970. Aujourd'hui sereines, les relations ont pourtant été longtemps hostiles. Même si depuis longtemps l'adage n'est plus vrai, on disait " Saint Just la Catholique " et " Luzac la Protestante " …
On ne sait pas où se trouvait le premier temple, appelé " temple de Saint Just " dans les textes anciens. Il fut construit en 1600, et détruit en 1685, à la Révocation de l'Edit de Nantes. La cloche, datée 1604, objet rare et précieux, avait été donnée aux Récollets de Marennes, et se trouve aujourd'hui au clocher de l'église Saint Louis de Bourcefranc.
Il est probable toutefois que les familles protestantes se soient dès cette époque regroupées à Luzac, à l'écart du bourg et de l'hostilité catholique. Après 1755, un certain relâchement des autorités leurs permirent de se retrouver dans un nouveau lieu de culte, dont il ne reste rien.
Le temple actuel a été construit en 1930 grâce aux efforts des familles pourtant modestes de Luzac : aussi la bâtisse est très simple. Les protestants avaient aussi leur cimetière privé, situé entre Luzac et Mauzac. Il reste une vingtaine de tombes, gravées de noms et d'épitaphes, en forme de sarcophage symbolisant le cercueil ; la plus ancienne date de la fin du 18ème siècle. Il a été en service jusqu'à la fin du 19ème siècle.
En 1862, les protestants de Luzac édifièrent aussi une école à leur frais, qui s'avéra vite une charge trop lourde. Rachetée par la commune et agrandie en 1882 pour accueillir tous les enfants de Luzac, elle a fonctionné jusqu'au regroupement à Saint Just en 1998.
LE MUSEE ATLANTRAIN
Ce musée du train renferme près de 5 000 jouets et modèles réduits. Certains sont en état de marche, et font l'objet de démonstrations lors de visites guidées..
51 marques de fabrication, provenant de 19 pays sont représentées. Le plus ancien jouet est un " train de plancher " Rossignol à tirer avec une ficelle, datant de 1875. D'autres sont plus prestigieuses, comme la locomotive 141 R, modèle réduit exact au 1/32°, fonctionnant à la vapeur, et en état de marche.
JEAN OGIER DE GOMBAUD
Jean Ogier de Gombaud naît à Saint Just en 1576 dans une famille protestante.
Il vit à Paris en 1600, où il écrit des poésies. Un sonnet, composé à l'occasion de la mort de Henri IV, est remarqué par Marie de Médicis. Il devient poète pensionné, habitué de l'hôtel de Rambouillet, où se retrouvent les amis des Belles Lettres, l'ami de Malherbe et de Vaugelas. Avec eux, il participa activement à la fondation de l'Académie Française, et fut, entre autres, chargé de futur dictionnaire, ainsi que du choix des ouvrages pour la pureté du langage.
On se lassa pourtant de sa poésie pompeuse et parfois pesante à force de références mythologiques : il mourut pauvre, oublié, à l'âge de 90 ans.